À l'origine des Chatouilles, on trouve la pièce de théâtre autobiographique créée par Andréa Bescond en 2014, seule en scène où elle racontait son enfance violée et ses conséquences sur sa vie d'adulte. Transposée à l'écran, voilà l'histoire d'Odette (Cyrille Mairesse), fillette de huit ans, à qui Gilbert (Pierre Deladonchamps), l'avenant ami de la famille, propose un jour de "jouer à la poupée". Le début d'une longue série d'abus dont son entourage, ses parents (Karin Viard et Clovis Cornillac) en tête, ne soupçonne rien. Mais dont elle va s'ouvrir, la trentaine venue, à une psy (Carole Franck), remontant le fil chahuté de son existence; les rencontres et la danse, aussi, qui l'ont conduite sur le chemin d'une possible reconstruction.

Les Chatouilles est une expérience de cinéma étonnante, désarçonnante même dans un premier temps. Pour traiter du sujet délicat de l'enfance sexuellement abusée, le duo Andréa Bescond (qui ne laisse à nulle autre le soin d'incarner, tout en intensité, Odette adulte) et Éric Métayer adopte une approche éminemment originale, viscérale également, optant pour une narration éclatée jouant de la mise en abyme tandis que les temporalités comme les terrains d'expression (avec de nombreuses séquences dansées) se superposent avec vigueur. En dépit de l'une ou l'autre maladresse (la partition d'Ariane Ascaride, vraiment?), le résultat s'avère résolument concluant, pour une oeuvre tourbillon réussissant à tendre vers l'universel, non sans vriller le spectateur au passage. Soit, entre rage et lumière, un film secouant et fort, bloc d'émotion et d'énergie tendu vers la résilience.

D'Andréa Bescond et Éric Métayer. Avec Andréa Bescond, Pierre Deladonchamps, Karin Viard. 1h43. Sortie: 09/01. ***(*)

On lira l'interview de Karin Viard dans Le Vif de ce jour.