SEVEN SECONDS

Une série Netflix créée par Veena Sud. Avec Clare-Hope Ashitey, Beau Knapp, Michael Mosley. ****

Disponible sur Netflix.

Irresponsable, The Grandmaster, Ginger Baker, Seven Seconds... Que voir à la télé cette semaine?

On aurait tort de résumer Seven Seconds à la somme des séries antérieures dont elle parait convoquer le style, les préoccupations, l'attrait pour les zones de gris (The Wire, American Crime...). Pour réaliser la radioscopie des plaies éternelles de l'Amérique (racisme, misère sociale, crise des institutions et de la transmission...), Veena Sud, sa créatrice (The Killing), prend le mal à la racine, n'attaque pas le symptôme mais les causes profondes. Ne questionne pas le comment mais le pourquoi. La mort d'un jeune Afro-Américain, après plusieurs heures d'agonie, maquillée par des policiers blancs aussi ripoux que mus par l'instinct de préservation, va allumer la mèche. Et révéler, bien avant les tensions raciales (écho évident aux violences policières envers les Afro-Américains), les biais et les assignations figés jusque dans la chair et le coeur des institutions, comme des femmes et hommes qui les composent. Au premier rang desquels K.J. Harper (Clare-Hope Ashitey), procureure autodestructrice et Joe "Fish" Rinaldi (Michael Mosley), flic cocu au grand coeur, chargés de l'affaire. Patiemment, au bout de dix épisodes riches d'intrigues secondaires et de suspense, l'enquête défait couche par couche l'entreprise de falsification et de dissimulation. Aucun obstacle, aucune épreuve ni émotion réelle ne nous seront épargnés sur le chemin d'une pax americana aussi nécessaire qu'irréaliste, jalonné de superbes moments de grâce. Le second épisode, réalisé par Jonathan Demme, permet de voir de manière posthume le dernier travail du réalisateur du Silence des Agneaux. N.B.

IRRESPONSABLE

Série créée par Frédéric Rosset. Avec Sébastien Chassagne, Marie Kauffmann et Théo Fernandez.

Lundi 12/3, 23h15, TV5.

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High/Low de Nada Surf et Blood Sugar Sex Magic des Red Hot Chili Peppers épinglés au mur entre une figurine de dinosaure et un ballon de foot. Julien a 31 ans et vient de revenir vivre chez sa mère. Julien est un Tanguy. Sans le côté brillant, assistant d'unif et tombeur de ces dames. Barbe naissante, cheveux en bataille, grandes lunettes et tenue d'ado, Julien est sans emploi. Il passe ses journées à jouer aux jeux vidéo et à fumer des pétards. Puis tire du fric à sa génitrice quand il a un rencard. Lorsqu'il tombe par hasard sur Marie, celle qui fut jadis l'amour de sa vie, Julien apprend qu'il a un fils de 15 ans. Le gamin, c'est Jacques, avec qui il vient tout aussi par hasard de fumer de la beuh dans la cour de l'école où il passait un entretien d'embauche... Originale, décapante, loufoque, irrévérencieuse et politiquement incorrecte, Irresponsable traîne discrètement depuis des semaines sur Be à la demande sans diffusion télé. C'est TV5, mais en deuxième partie de soirée qui s'y colle. À la base, Irresponsable est le projet de fin d'études de Frédéric Rosset, alors étudiant à la Fémis (l'École nationale supérieure des métiers de l'image et du son) en Création de séries TV. Le premier épisode lui vaut les félicitations du jury... Il écrit la plupart des neuf autres avec sa soeur Camille et un pilote est bouclé au sein même de l'école. Réalisée par Stephen Cafiero, la saison 1 doit beaucoup à son acteur principal Sébastien Chassagne. Bonnet à pompon, t-shirt Orange Mécanique... L'acteur, leader du Parti des libertés dans Transferts et organisateur de mariages dans Quadras, est parfait en loser glandouilleur à peine plus mature que son gamin incarné par Théo Fernandez (Donald Tuche et Gaston Lagaffe himself...). En 2017, l'association française des critiques de série lui a d'ailleurs remis pour sa performance le prix du meilleur comédien. Drôle, rythmé, souvent scabreux mais jamais graveleux, Irresponsable se bouffe en une soirée (les épisodes avoisinent les 20 minutes) et prend véritablement son envol à partir du deuxième épisode. La deuxième saison de cet ovni est depuis le 22 février diffusée sur la chaîne OCS Max. J.B.

THE GRANDMASTER

Film d'action de Wong Kar-Wai. Avec Tony Leung Chiu Wai, Zhang Ziyi, Chang Chen. 2013. ****(*)

Mardi 13/3, 21h10, La Trois.

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Les noces du cinéma d'auteur et du film d'arts martiaux se célèbrent en beauté avec ce film consacré par le grand Wong Kar-Wai (In the Mood for Love, Chungking Express) au maître légendaire du wing chun (un des styles du kung-fu), Ip Man. Celui qui deviendra plus tard le mentor de Bruce Lee est le héros d'une fiction épique, mouvementée, librement inspirée de faits réels pour célébrer tout à la fois l'esprit de résistance (à l'occupation japonaise), la transmission des techniques sur fond de rivalités et une humanité profonde, par-delà les affrontements qui ne manquent ni d'allure ni d'invention stylistique. Tony Leung Chiu Wai est formidable dans le rôle principal, mais on remarque aussi Zhang Ziyi dans le rôle de Gon Er, redoutable détentrice de la figure mortelle des 64 mains. Une touche féministe qui vient pimenter de bien belle façon un sommet de film de kung-fu et de cinéma tout court. L.D.

TRUE DETECTIVE, SAISON 1

Série anthologique créée par Nic Pizzolatto. Avec Matthew McConaughey, Woody Harrelson, Michelle Monaghan, Michael Potts, Tory Kittles. *****

Mercredi 14/3, 23h10, La Trois.

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Au moment où la saison 3 de True Detective -toujours en préparation- laisse entrevoir la possibilité d'un retour de Matthew McConaughey aux côtés de Mahershala Ali (Moonlight) et Carmen Ejogo (Selma), La Trois a la bonne idée de rediffuser sa première et indépassable saison. Elle met aux prises, dans une double temporalité alternant flashbacks et interrogatoires au présent, deux flics aux personnalités et aux univers distincts, Rust Cohle et Martin Hart (McConaughey donc, et Woody Harrelson), forcés, pour laver leurs consciences et leur linge en famille, de replonger dans une affaire vieille de 17 ans: le meurtre rituel d'une jeune femme, mis en scène avec force symboles sataniques. L'incursion dans une galerie de personnages tirés de la fange d'une Louisiane profonde et bigote, la mystique étrange et cosmogonique, la maîtrise du suspense élevé au rang de grand art, la réalisation audacieuse et le jeu tout en contemplation narcotique pour McConaughey, mâchoires et poings serrés pour Harrelson font de cette saison une réussite totale. N.B.

HAPPY VALLEY, SAISON 1

Série créée par Sally Wainwright. Avec Sarah Lancashire, Siobhan Finneran, James Norton, Joe Armstrong. ****

Jeudi 15/3, 20h55, France 3.

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West Yorkshire, région bucolique de Grande-Bretagne. Thés et biscuits pour les uns, britpop et pub dès l'après-midi pour les autres. Les jours se suivent et se ressemblent, traversés par des citoyens qui alternent flegme et humour pour masquer l'ennui et la monotonie. Le sergent Catherine Catwood, 47 ans, divorcée au passé douloureux (une fille qui s'est suicidée après avoir donné naissance au fils de son violeur) est à la croisée des chemins. Va-t-elle encore courir longtemps après les petits délinquants? Retrouver l'amour? Sauver sa soeur toxico repentie? L'enlèvement de la fille d'un riche notable du coin va remettre tout cela en perspective et Catherine sur le ring policier. Proche du Fargo des frères Coen mais dans une veine pur jus british, Happy Valley fait l'éloge de la normalité dans toute sa violence ordinaire, son absurde bien tassé et ses moments d'héroïsme volés à l'engourdissement général. Brutale, crue mais superbement revigorante, cette production de la BBC fait la part belle aux rôles féminins dans leur lutte contre l'oppression viriliste. N.B.

MONSTRE SACRÉ

Minisérie créée par Jack Thorne. Avec Robbie Coltrane, Julie Walters, Tim McInnerny, Andrea Riseborough, Susan Lynch, Kate Hardie. ***

Jeudi 15/3, 20h55, Arte.

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En 2012, un an après sa mort, Jimmy Savile, le présentateur de l'émission musicale phare de la télévision britannique Top of the Pops, a été accusé de multiples agressions sexuelles. Monstre sacré s'inspire de cet évènement qui a secoué l'Angleterre -bien avant le scandale Weinstein mais après d'autres passés sous silence- pour raconter une autre histoire: ancien humoriste, Paul Finchley a pour voie de garage lui garantissant un reste de célébrité la présentation d'un quizz télévisé. Deux femmes l'accusent de viol sur mineure et de harcèlement. C'était à l'époque de sa gloire, il y a 20 ans. Son épouse Marie semble le soutenir tandis que sa fille, Dee, en cure de désintoxication, s'interroge sur son passé et sa mémoire étrangement défaillante. Auscultant l'impact d'un tel scandale sur la famille et l'environnement proche de Finchley, cette minisérie, aussi brillante dans sa réalisation que fébrile dans ses partis pris, tente de démontrer la complexité des mécanismes à l'oeuvre pour ramener le "monstre" à sa condition d'être humain justiciable et percer à jour de lourds secrets. N.B.

LE SCANDALE PARADJANOV OU LA VIE TUMULTUEUSE D'UN ARTISTE SOVIÉTIQUE

Film biographique de Serge Avédikian, Olena Fetisova. Avec Serge Avédikian, Yuliya Peresild, Karen Badalov. 2014. ****

Jeudi 15/3, 00h10, Arte.

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Cinéaste arménien né en Géorgie, actif aussi en Ukraine, Sergei Paradjanov (1924-1990) fut un cinéaste admirable tant par son inspiration poétique, fulgurante, que par son originalité que ne pouvait tolérer le pouvoir soviétique. Avec à la clé des déchaînements de censure et même, à plu- sieurs reprises, la prison, les travaux forcés... Le réalisateur des Chevaux de feu (1964) et de Sayat Nova (1968) méritait la remarquable évocation qu'est le film de Serge Avédikian et Olena Fetisova. Un hommage vibrant doublé d'un récit biographique rappelant les étapes parfois exaltantes, souvent douloureuses, d'une vie d'artiste rebelle à tous les conformismes et donc forcément exposé aux persécutions d'un régime totalitaire. Avédikian interprète lui-même Paradjanov, dans un film qui allie l'enthousiasme à la grâce, la révolte et ce sens poétique dont toute l'oeuvre du grand cinéaste était constamment habitée. L.D.

FALSE FLAG

Série créée par Amit Cohen et Maria Feldman. Avec Roy Assaf, Magi Azarzar, Ania Bukstein, Angel Bonanni, Moris Cohen, Yoav Donat. ****

Vendredi 16/3, 20h30, Be Séries.

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Depuis le succès de Homeland, adaptation américaine de la série Hatufim, les regards se sont doucement tournés vers les productions originaires d'Israël, terre fertile en intrigues de sécurité intérieure et de géopolitique. Parmi elles, False Flag (Kfulim), pourtant récompensée au Festival Séries Mania en 2016, a pris son temps pour arriver sur nos écrans. Ses huit épisodes nous plongent dans l'univers de l'espionnage israélien avec, en contrepoints, l'impact des tensions et des multiples rebondissements sur la vie personnelle et la psyché des protagonistes. Ben, un scientifique père de famille, Asia, une institutrice, Natalie, future mariée, Emma l'expat et Sean le back-packer n'ont rien en commun et aucune prédisposition à être dans le viseur du puissant Shin Bet, la sécurité intérieure. Pourtant, les télés révèlent qu'ils sont suspectés d'avoir enlevé le ministre de la Défense iranien en mission à Moscou. Machination ou double jeu? Opération déguisée? Avec une réalisation toute en tension maitrisée, la série questionne, au départ d'un fait réel (l'assassinat de Mahmoud al-Mabhouh, dirigeant du Hamas, en 2010), les faux semblants, l'urgence et les nécessités d'une société aux abois, examine les enjeux intimes et les stratégies de survie de ses membres, surpris par un réel plus retors qu'il n'y paraît. N.B.

GINGER BAKER, BATTEUR INCONDITIONNEL

Documentaire de Jay Bulger. ****

Vendredi 16/3, 23h00, Arte.

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"Il était méprisant et asocial. Mais il avait un don. Du talent, du flair et du panache" (Eric Clapton). Il a inventé le solo de batterie dans le rock. A participé à la naissance du heavy metal ("on aurait mieux fait d'avorter"). Et fut, dixit Stewart Copeland, "le premier musicien occidental à s'immerger dans le quotidien et la misère de l'Afrique". Personnage fantasque, dur à cuir et haut en couleur ("quand on l'engageait, il exigeait une caisse de bière, deux prostituées noires et une Limousine blanche"), Ginger Baker est l'un des plus grands batteurs de l'histoire. "Le grand public est tellement stupide. Comment peut-on considérer que John Bonham ait pu jouer dans la même catégorie que la mienne? C'est quand même extraordinaire. Bonham avait de la technique mais il swinguait aussi bien qu'un sac à patates. C'est la même chose pour Keith Moon. S'ils étaient vivants, tu aurais pu les interroger", balance-t-il à Jay Bulger. Bulger est le réalisateur de Beware of Mr. Baker (son titre anglais). Il s'est fait passer pour un journaliste du Rolling Stone afin de le rencontrer et a fini par sympathiser avec l'animal, lui consacrer un article dans le magazine et en faire l'objet de ce film au caractère aussi tranché que son sujet. Même si ça lui a valu de se faire péter le nez... "Avec Ginger, ça finit toujours par mal tourner. C'est juste une question de temps", raconte l'une de ses ex-femmes. Eric Clapton et Jack Bruce, Denny Laine des Moody Blues, Chad Smith des Red Hot Chili Peppers, Bill Ward de Black Sabbath, Lars Ulrich de Metallica, Stewart Copeland de Police, Nick Mason de Pink Floyd, Johnny Rotten ou encore Santana... Il y a du beau monde, au-delà de sa famille, pour raconter le fondateur de Cream. Mais le plus fascinant, outre les images d'archives, les séquences animées plutôt réussies, ce sont les incroyables récits de Baker. Il retrace sa rencontre avec Phil Seamen qui lui fait découvrir l'héroïne et les percussions africaines. Se souvient avoir traumatisé Mick Jagger. Parle de son studio à Lagos, alors foyer insurrectionnel. Comme de sa tentative désastreuse dans le cinéma. De sa fascination pour le jazz et Max Roach à ses amitiés avec Fela Kuti, Bulger tire le portrait réussi d'un génie cinglé qui a filé un rail de coke à son fils de 15 ans pour qu'ils puissent donner un concert ensemble. A fait de la soeur du premier petit ami de sa fille sa deuxième épouse. Et a grillé ses 5 millions de dollars pour les concerts de reformation de Cream en faisant importer 24 chevaux de Grande Bretagne (monsieur est mordu de polo). Crazy guy... J.B.