Il est mignon. Noir et blanc, entre le cocker et le jack russell. La plupart du temps, il se promène sans laisse, trottinant hardiment entre les jambes de Longtarin, mais il lui arrive aussi de se faufiler à l'intérieur de la rédaction. Souvent, il cherche l'âme soeur, et Franquin lui colle une bulle avec un coeur à l'intérieur. Ce petit chien, qui traverse discrètement une cin­quantaine des gags de Gaston Lagaffe et fait depuis plus d'un demi-siècle l'objet d'une chasse au trésor passionnée, résume à lui seul le génie de Franquin. Le dessinateur raf­folait des oeuvres à tiroirs - après tout, le chef-d'oeuvre de sa vie n'a-t-il pas pour décor une fabrique de bandes dessinées? - et crai­gnait toujours de ne pas en donner assez à ses lecteurs. Mais c'est aussi toute la saga de Gaston Lagaffe que l'apparition subreptice de ce petit chien résume à elle seule. Car c'est ça, Gaston: l'histoire d'un héros né par hasard. D'une bande dessinée humble et tendre qui a fait son chemin à rebrousse-poil des diktats de son temps et de la tyrannie des superhéros. Et cette histoire foutraque, ico­noclaste mais surtout généreuse regorge de clins d'oeil. Pour peu qu'on veuille bien les voir.
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