"Lors de mes pérégrinations à Kerguelen, j'ai pu admirer un phénomène physique unique absolument incroyable: les cascades inversées. Dans cet archipel du sud de l'océan Indien, il pleut beaucoup sur des reliefs tabulaires, toute l'eau s'accumule sur les plateaux et se faufile via des ruisseaux. À la cassure de pente, sur ces vallées en enfilade, le vent s'engouffre, se saisit de la cascade et la projette vers le ciel. Ainsi, au lieu d'avoir une cascade qui descend, comme le veut la loi de la gravité, on a une espèce d'éventail, de geyser qui coule à l'envers. C'est un paysage saisissant, d'autant plus que vous pouvez voir sur une même vallée quatre, cinq ou six de ces éventails d'eau. Aucun peintre surréaliste n'aurait osé imaginer un tel tableau; ce qui démontre que la nature est plus forte que notre imaginaire. C'est ce genre de bonheur qui justifie le poids du sac, la fatigue, les neuf à dix heures de marche quotidiennes, les 25 jours de traversée... La marche et le but du périple (se confronter à son corps, à sa culture, à son âge) sont une fin en soi. Et ces paysages sont un super bonus."
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