Le 19 mars 1953, elle grimpe au petit trot sur la scène du RKO Pantages Theatre californien afin de recevoir des mains du Britannique Edmund Gwenn l'Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle pour The Bad and the Beautiful (Les Ensorcelés) de Vincente Minnelli. "Thank you very much", articule-t-elle à la sauvette avant de littéralement s'enfuir en coulisses. Gloria Grahame a alors 29 ans et semble promise au firmament hollywoodien. Personnalité excentrique mais mal assurée dont la timidité fut rapidement prise pour de la prétention, voire de l'alcoolisme pur et simple, elle souffrira des scandales sexuels à répétition qui ne manqueront pas d'émailler sa trajectoire résolument hors norme.

Abonnée aux personnages de garces ou de femmes fatales, Grahame a joué aux côtés de Humphrey Bogart, Robert Mitchum, Charlton Heston et James Stewart, a tourné pour Elia Kazan, Fritz Lang, Josef von Sternberg, Cecil B. DeMille et Robert Wise, s'est mariée quatre fois, dont une avec Nicholas Ray, le réalisateur culte de Johnny Guitar et Rebel Without a Cause, qui la quittera après l'avoir surprise au lit avec son fils de treize ans, qu'elle finira par épouser. C'est en gloire fanée de l'usine à rêves 50's, allergique à la jungle hollywoodienne mais toujours accro aux spotlights, que la présente aujourd'hui Film Stars Don't Die in Liverpool. Nous sommes à la charnière des années 70 et 80, et Grahame (Annette Bening), mal en point, trouve refuge chez son ex-amant Peter Turner (Jamie Bell), jeune lad anglais doublé d'un aspirant acteur. Soit le point de départ d'un drame à la construction en flash-back typique du biopic classique, qui rappelle de loin, et en plus crépusculaire, My Week with Marilyn avec Michelle Williams et Eddie Redmayne.

[Critique ciné] Film Stars Don't Die in Liverpool, excellent film d'acteurs

Passé recomposé

Adaptation des mémoires de Peter Turner, le long métrage de Paul McGuigan a l'excellente idée de ne pas forcément chercher une folle -mais surtout, en l'occurrence, un peu vaine- originalité. Film Stars Don't Die in Liverpool, en effet, est avant tout un film d'acteurs, où Annette Bening, sidérante de justesse et de complexité, et Jamie Bell (Billy Elliot, Tintin), étincelant, donnent le la. "De quoi j'ai l'air?", s'enquiert Grahame constamment. La séduction est une prison, bien sûr, et le succès aussi, où l'on finit, consentant, par devenir son propre geôlier. Jamais insistant sur la question de la différence d'âge, McGuigan insuffle un grand élan de vie et beaucoup d'émotion à son travail de reconstitution, servi par une mise en scène délicate, sensible, presque aérienne, qui use et abuse des sauts sur la ligne du temps mais en prenant toujours soin de les articuler de manière dynamique, comme autant de portes qui s'ouvrent puis se referment dans l'esprit de Turner (ce n'est pas pour rien que le réalisateur a signé plusieurs épisodes de la série Sherlock).

Insondables mystères de la distribution, le film, montré le 15 mai à Flagey en séance unique dans le cadre du Film Fest Gent On Tour, ne connaîtra pas de sortie officielle sur l'ensemble du pays. Seuls le cinéma Palace à Bruxelles et le Studio Skoop à Gand font le pari de cette romance d'autant plus passionnée qu'elle est aussi la chronique d'une mort annoncée, reliquat magnifié d'un destin à jamais accroché au zénith de la beauté glamourisée.

De Paul McGuigan. Avec Annette Bening, Jamie Bell, Julie Walters. 1h45. Sortie: 16/05. ****