Dans Gloria (2013), dont il s'apprête à sortir un remake américain avec Julianne Moore, il dressait le portrait sans fard d'une quinqua divorcée revendiquant son droit à vivre librement ses désirs, au risque de se brûler les ailes. Dans Una mujer fantástica, Oscar du meilleur film étranger cette année, il exposait la douleur puis la lutte d'une jeune chanteuse transgenre déterminée à embrasser pleinement sa féminité, malgré les préjugés. Cinéaste chilien né à Mendoza, en Argentine, au mitan des années 70, Sebastián Lelio a pris pour habitude de sonder sur le mode du drame sensible la violence larvée des conventions sociales. Adaptation du roman controversé de Naomi Alderman, Disobedience, son premier long métrage anglo-saxon, vient aujourd'hui compléter ce que d'aucuns appellent déjà sa trilogie des femmes mais surtout confirmer son goût marqué pour la question de la norme, et de sa transgression.

[Critique ciné] Disobedience, un scénario attendu

Raison et sentiments

Singulièrement lisible dans ses enjeux, le film situe son action au coeur d'une communauté juive orthodoxe d'un quartier blême de la banlieue nord de Londres, où la mort d'un rabbin révéré par ses ouailles entraîne la réapparition surprise de Ronit, la fille de celui-ci. Brebis égarée pratiquant au quotidien la photo à New York, cette dernière déborde immanquablement du cadre strict défini par le microcosme corseté qui l'a vu grandir. Mais les retrouvailles avec ses amis d'enfance, Dovid et Esti, désormais unis par les liens sacrés du mariage, y ravivent les sentiments frappés du sceau de l'infamie que se portaient les deux femmes autrefois.

Le temps de sa longue exposition, idéalement claustrophobe, le film vibre de la justesse du regard de Lelio, ainsi que du jeu feutré de son trio de comédiens (Rachel Weisz bien sûr, mais peut-être plus encore Rachel McAdams et même Alessandro Nivola). La suite, pourtant, qui voit ses protagonistes braver assez mollement les interdits, évoque trop souvent l'image d'un pétard mouillé. Sagement engagé sur les rails d'un scénario attendu, Disobedience ne surprend jamais, s'en tenant rigoureusement au parfait petit cahier des charges d'une histoire d'amour contrariée que l'on a l'impression d'avoir déjà vue cent fois. Les prêches consacrés à la question du libre arbitre évoquent ainsi lourdement ces films de plaidoiries où la morale se doit d'être énoncée explicitement, au détriment de toute forme d'ambivalence. Sur le thème du choix et de l'émancipation, on a connu moins conventionnel, c'est sûr, et donc oui, forcément, moins orthodoxe. Un paradoxe souligné par un titre un peu absurdement frondeur, pour un film par ailleurs très élégant, dont le recours abrupt au Lovesong de The Cure tient en quelque sorte lieu de sésame.

Disobedience De Sebastián Lelio. Avec Rachel Weisz, Rachel McAdams, Alessandro Nivola. 1h54. Sortie: 13/06. ***